Comprendre l’intuition

Qu’est-ce que l’intuition ?

Une perception rapide, associative et préconsciente, qui mérite d’être prise au sérieux sans être idéalisée.

L’intuition est l’un des mots les plus utilisés et les moins définis du vocabulaire ordinaire. On l’invoque pour justifier une décision rapide, pour expliquer une réticence sans cause apparente, ou pour signifier une perception que l’on ne sait pas argumenter. Selon l’interlocuteur, il s’agit d’un don, un pressentiment, une compétence acquise, ou simplement une manière d’investir un raisonnement que l’on n’a pas envie d’expliciter.

Il existe pourtant une définition utile, ni mystique ni réductrice. L’intuition est une forme de connaissance rapide, associative, fondée sur un traitement implicite de l’information. Elle perçoit avant que la pensée ne formule, elle relie avant que la logique n’organise, elle oriente avant que la décision ne soit posée. L’intuition est, par définition, juste.

I  ·  Le signal

Reconnaître le signal

Une intuition se présente rarement sous la forme d’une phrase claire. Elle apparaît plutôt comme un changement de tonalité intérieure. Une légère contraction au moment d’évoquer une option. Une image réccurente. Une phrase entendue qui prend soudain un relief inattendu. Un malaise discret en présence de quelqu’un. Une évidence qui s’impose à propos d’une situation pourtant complexe.

Ces signaux ont une propriété commune : ils précèdent la formulation. Lorsque l’on cherche à les expliquer, l’explication arrive après. On dit alors « j’ai senti », faute d’un mot plus approprié, mais ce que l’on a senti, c’est précisément le résultat d’un phénomène rapide, hors champ de la conscience analytique.

II  ·  Les états voisins

La distinguer d’autres états

Une intuition n’est ni une humeur, ni une croyance, ni une certitude affective. Une humeur colore tout ce que l’on perçoit ; elle ne discrimine pas. Une croyance précède l’expérience ; elle ne s’ajuste pas à la situation. Une certitude affective recouvre généralement une peur ou un désir ; elle ne supporte pas la mise à l’épreuve.

L’intuition, elle, est ciblée. Elle concerne cette situation-ci, ce choix-ci, cette personne-ci. Elle apporte une information nouvelle, parfois inconfortable. Elle ne s’efforce pas de convaincre, elle se contente d’indiquer. Et lorsqu’elle est confirmée par les faits, elle laisse l’impression rétrospective d’avoir su quelque chose que l’on ne pouvait pas savoir consciemment.

III  ·  L’origine

Comprendre d’où elle vient

Les recherches en sciences cognitives permettent aujourd’hui une description plus précise. L’intuition n’est pas un sixième sens. Elle est le produit d’un système de traitement parallèle, capable d’intégrer rapidement un grand nombre d’indices : micro-expressions, tonalités vocales, anomalies de cohérence, configurations spatiales, souvenirs déclenchés par analogie. Ce système fonctionne en permanence, sans recourir au langage.

Cela ne diminue en rien sa valeur. Au contraire : cela explique pourquoi un professionnel expérimenté peut « savoir » qu’une situation tourne mal avant de pouvoir le démontrer, ou pourquoi une rencontre laisse une impression durable qu’on ne sait pas encore décrire. L’intuition est une intelligence ancienne, qui se nourrit de l’expérience accumulée, et que la plupart des cultures avaient identifiée bien avant les neurosciences.

IV  ·  La pratique

Commencer à la travailler

Reconnaître l’intuition est une chose ; la travailler en est une autre. Quelques pratiques simples suffisent pour commencer. Observer, sans conclure, les sensations qui accompagnent une décision. Noter, brièvement, les impressions reçues au cours d’une journée. Distinguer, après coup, ce qui s’est révélé juste et ce qui s’est révélé biaisé. Tenir un carnet, même rudimentaire, transforme rapidement la perception vague en compétence.

L’intuition gagne en fiabilité lorsqu’elle est observée, vérifiée, intégrée. Elle perd en fiabilité lorsqu’elle est mystifiée. Tout l’enjeu consiste à lui rendre sa place : ni reine, ni servante, mais collaboratrice de la pensée raisonnée.

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